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Lieux disparus

Le monde insulaire disparu de Wieringen

Wieringen se trouve toujours au même endroit, mais le monde insulaire qui exista ici pendant des siècles a disparu. Cette terre surélevée était entourée par la mer des Wadden, l’Amsteldiep et la Zuiderzee et possédait son propre paysage de routes sinueuses, de villages, de digues en zostère, de ports de pêche et de fermes dispersées. En 1924, l’Amsteldiepdijk relia l’île à la Hollande-Septentrionale. L’assèchement du Wieringermeer et la construction de l’Afsluitdijk intégrèrent ensuite Wieringen au continent. Ses ondulations, ses routes courbes et son parcellaire irrégulier révèlent encore l’ancienne île.

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Carte topographique de 1909 montrant encore Wieringen comme une île complète
Carte topographique de 1909. Wieringen est encore séparée de la Hollande-Septentrionale et entourée par la mer des Wadden, l’Amsteldiep et la Zuiderzee. L’Amsteldiepdijk, le polder du Wieringermeer et l’Afsluitdijk n’existaient pas encore.Source: Image : auteur inconnu, via Wikimedia Commons, domaine publicModifications: Aucune modification.

Pourquoi y aller ?

À Wieringen, le paysage disparu n’est pas enfoui sous l’eau ou les constructions, mais absorbé dans un nouvel ensemble. Depuis les hauteurs de Westerland, la différence apparaît immédiatement. L’ancienne île présente des ondulations, des routes courbes, des parcelles irrégulières, de vieux hameaux et des fermes sur les terrains élevés. À côté s’étend le Wieringermeer, polder plat, géométrique et entièrement planifié. Ce contraste indique presque sans explication où finissait l’île et où commençait la terre nouvelle.

Que voit-on ?

Près de Westerland, la partie surélevée de l’ancienne île domine un paysage légèrement ondulé. Les routes contournent d’anciennes hauteurs et les fermes sont dispersées parmi des parcelles irrégulières. Au sud et au sud-est s’ouvre le territoire beaucoup plus plat du Wieringermeer. Les digues, l’Amstelmeer et les routes rectilignes du polder accentuent la transition. L’ancien rivage n’est pas signalé partout, mais les différences de hauteur, de parcellaire et de tracé routier rendent la limite insulaire lisible. Le paysage est accessible depuis les routes publiques et les sentiers ; aucun guide, aucune réservation ni aucun billet d’entrée ne sont nécessaires.

Pourquoi ce lieu compte

Wieringen montre qu’une identité géographique peut disparaître alors même que la terre demeure. La liaison avec le continent facilita les déplacements et constitua une première étape des travaux de la Zuiderzee, mais elle mit également fin à une situation insulaire vieille de plusieurs siècles. La pêche, la navigation, l’orientation vers la mer et le sentiment d’être entouré d’eau perdirent leur évidence. Le paysage conserve ainsi à la fois l’ancien monde insulaire et les interventions qui y mirent fin.

La grande histoire

Wieringen paraît aujourd’hui former une simple avancée de la côte de Hollande-Septentrionale. Des routes relient Hippolytushoef, Westerland, Stroe, Oosterland et Den Oever aux polders environnants et, par l’Afsluitdijk, à la Frise. Aucun bateau n’est nécessaire. Pourtant, cette terre surélevée constitua pendant environ huit siècles une île distincte. La terre demeure, mais une grande partie de l’eau qui définissait ses limites a disparu ou changé de nature.

Le cœur de Wieringen se compose d’argile à blocs et de sable poussés vers le haut par les glaces lors d’une période glaciaire. Il en résulta un terrain ondulé qui contraste fortement avec les terres plates de tourbe et d’argile des environs. Les routes suivirent les crêtes et contournèrent les dépressions. Fermes et hameaux s’installèrent sur les hauteurs les plus sûres. Cette ancienne base explique pourquoi Wieringen semble encore plus accidentée et irrégulière que les polders voisins.

Wieringen ne fut pas toujours une île. Vers le XIe siècle, l’érosion et les tempêtes firent disparaître une grande partie des tourbières environnantes. Les chenaux s’élargirent et la terre haute se retrouva isolée. La mer des Wadden s’étendait au nord, la Zuiderzee au sud et l’Amsteldiep séparait Wieringen de la côte de Hollande-Septentrionale à l’ouest. Une hauteur dans un vaste paysage tourbeux devint une île.

L’eau détermina ensuite la vie quotidienne. Les habitants élevaient du bétail sur les hauteurs, cultivaient de petits champs et tiraient une partie de leurs revenus de la mer. La pêche et la navigation reliaient Wieringen aux autres îles, aux villes côtières et aux routes commerciales. Den Oever se développa comme port à l’est. Des digues furent construites le long de la côte méridionale vulnérable afin de protéger les terres basses contre la Zuiderzee.

La Wierdijk constituait un élément remarquable de ces défenses. D’épaisses couches de zostère séchée et comprimée étaient placées contre le côté maritime d’un corps de digue en terre. Des pieux de bois maintenaient le matériau en place. La digue marquait non seulement la limite entre terre et eau, mais aussi le bord du monde insulaire habité. À l’extérieur se trouvaient vasières, hauts-fonds et eau libre ; à l’intérieur, prairies, routes et fermes.

Les insulaires n’étaient pas entièrement isolés. Des bacs, des bateaux de pêche et des navires de charge entretenaient les liaisons avec le continent et les autres lieux de la Zuiderzee. Chaque trajet dépendait néanmoins de l’eau, du vent et des marées. Marchandises, bétail et voyageurs devaient être transportés par bateau. La mer était à la fois route, lieu de travail et frontière.

Au début du XXe siècle, Wieringen devint le point de départ d’un projet hydraulique qui allait remodeler toute la région de la Zuiderzee. Après l’inondation de 1916, la loi sur la Zuiderzee fut adoptée en 1918. Avant de construire le grand Afsluitdijk, les ingénieurs édifièrent d’abord l’Amsteldiepdijk entre la Hollande-Septentrionale et Wieringen. Longue d’environ deux kilomètres et demi, elle servit de projet préliminaire. Les ingénieurs y acquirent de l’expérience avec des techniques et des matériaux employés ensuite à plus grande échelle.

La liaison fut achevée le 31 juillet 1924. Wieringen devint accessible sans bateau et cessa officiellement d’être une île. La transformation n’était pas encore complète dans toutes les directions. Le Wieringermeer s’étendait toujours au sud et la Zuiderzee restait ouverte à l’est. Une première limite d’eau avait néanmoins été fermée et l’île était désormais rattachée au continent par un côté.

Les transformations s’enchaînèrent rapidement. À partir de 1927, le Wieringermeer fut entouré de digues et asséché. En 1930, un vaste ancien fond marin apparut au sud et au sud-est de Wieringen. Routes rectilignes, grandes parcelles agricoles, fossés et nouveaux villages remplacèrent l’eau. Là où des générations avaient contemplé la Zuiderzee s’étendait soudain un paysage plat et planifié.

Les travaux de l’Afsluitdijk se déroulaient parallèlement à Den Oever. La dernière ouverture fut fermée le 28 mai 1932. La Zuiderzee devint ensuite l’IJsselmeer et Wieringen forma l’extrémité occidentale d’une liaison permanente avec la Frise. En moins de dix ans, une île façonnée par l’eau pendant des siècles devint un lien entre terre ancienne, polder nouveau et grande route nationale.

La transformation ne fut pas seulement géographique. La pêche et la navigation perdirent une partie de leur rôle central. L’eau enfermée passa progressivement du salé au doux et les nouveaux travaux attirèrent des ouvriers et des habitants venus d’ailleurs. Les déplacements terrestres devinrent ordinaires. Le passage de l’île au continent mit donc également fin à un monde quotidien distinct.

Wieringen ne devint pourtant pas identique à ses environs. En venant du Wieringermeer, les lignes droites du polder laissent place aux pentes, aux courbes et aux parcelles irrégulières de l’ancienne île. Les vieux villages ne suivent pas un quadrillage planifié, mais occupent les terres dont l’utilisation fut dictée par le sol et l’eau. Haies, ondulations, fermes anciennes et chemins étroits maintiennent visible l’ancien paysage insulaire.

Le contraste apparaît particulièrement clairement près de Westerland. Depuis les hauteurs, les pentes de l’ancienne île dominent les terres nouvelles et plates. La limite n’est plus un rivage abandonné marqué par des coquillages ou des pieux de port. Elle se manifeste par un changement d’altitude, de parcellaire et d’échelle. D’un côté se trouve un paysage développé pendant des siècles ; de l’autre, un polder conçu et réalisé en quelques années.

Le monde insulaire disparu n’est donc pas attaché à une seule ruine ou à un monument. Il subsiste dans la forme du terrain. Les routes sinueuses suivent d’anciennes crêtes, la Wierdijk rappelle une ancienne frontière d’eau et Den Oever conserve sa position de port en bordure des eaux ouvertes. L’Amsteldiepdijk, le Wieringermeer et l’Afsluitdijk montrent simultanément comment ce monde fut fermé et intégré.

Depuis Westerland, il faut regarder au-delà des villages et des fermes et observer surtout la transition du paysage. À la place des champs et des routes droites au sud, il faut imaginer de l’eau jusqu’à l’horizon. Ce qui a disparu devient alors visible : non pas Wieringen elle-même, mais l’espace qui l’entourait et en faisait une île.

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