L’histoire de ce lieu
Un nouveau polder pour la richesse urbaine
Le Beemster fut asséché en 1612. L’ancien lac devint un polder composé de routes droites, de fossés et de parcelles rectangulaires. Une grande partie des terres passa aux mains de marchands, d’administrateurs et d’investisseurs fortunés d’Amsterdam et des villes voisines. Ils tiraient des revenus de l’agriculture et des fermages, mais voyaient aussi dans cette terre nouvelle un lieu adapté aux résidences d’été.
La situation rendait le Beemster particulièrement attrayant. Le polder était accessible depuis Amsterdam et Purmerend par l’eau et par la route. L’air y était plus pur qu’en ville et le paysage ouvert offrait de la place pour de grands jardins. Le découpage géométrique permettait aussi d’ordonner maison, ferme, verger et jardin d’agrément selon un plan clair.
Les premières maisons de campagne apparurent peu après l’assèchement. Vers le milieu du XVIIe siècle, le Beemster en comptait plusieurs dizaines. La plupart se trouvaient dans la partie sud-est du polder et le long de la Volgerweg. Cette zone était proche de Purmerend et restait facilement accessible pour les propriétaires d’Amsterdam. Les domaines formaient donc par endroits de longues successions plutôt qu’une dispersion régulière.
La Volgerweg, route des plaisirs
La Volgerweg acquit la réputation de route des plaisirs. Derrière ponts et portails ouvragés se trouvaient des demeures aux façades symétriques. Des allées conduisaient aux bâtiments principaux. Haies taillées et rangées d’arbres bordaient les jardins. Bassins, canaux et étangs étaient reliés au réseau de drainage du polder. Vergers, potagers et fermes rendaient aussi les domaines productifs.
Les propriétaires y séjournaient surtout pendant l’été. Leur résidence permanente restait généralement en ville. Dans le Beemster, ils recevaient famille et relations d’affaires. Ils se promenaient dans les jardins, circulaient en bateau sur les fossés et surveillaient leurs terres. Le domaine était à la fois lieu de repos, investissement et manifestation du rang social.
Leeuwenplaats, Vredenburg et Beemsterlust
Leeuwenplaats comptait parmi les premiers domaines. Il fut construit entre 1612 et 1622 pour Jan Fransz van der Straten, marchand originaire d’Anvers. Les recherches archéologiques ont retrouvé des fondations en bois appartenant à plusieurs bâtiments successifs, des vestiges de ponts, des fossés périphériques comblés et les puissantes fondations d’un mur de jardin long de plus de cent mètres. Elles ont également révélé les restes d’un jeu d’eau dissimulé destiné à surprendre les visiteurs.
Vredenburg fut l’une des plus grandes maisons de campagne du Beemster. Dans les années 1640, le marchand amstellodamois Frederik Alewijn demanda des projets à Pieter Post et Philips Vingboons. La demeure fut finalement réalisée selon le projet de Post. Maison et jardin formaient une composition précise d’allées, d’eau et de compartiments réguliers.
Beemsterlust constituait également un vaste ensemble. Un plan de 1771 montre le bâtiment principal, les dépendances, les pièces d’eau et les jardins géométriques. Le domaine perdit sa fonction à la fin du XVIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, les documents ne mentionnaient plus que la terre située derrière l’ancienne maison de campagne. Le bâtiment avait disparu et ses matériaux avaient été vendus.
Comment les maisons de campagne ont disparu
Presque tous les domaines connurent le même sort. L’entretien d’une grande résidence d’été devint coûteux et les goûts changèrent. Les familles vendirent leurs terres ou les partagèrent entre héritiers. Les terres agricoles conservaient leur valeur tandis que maisons, pavillons et ornements exigeaient surtout des dépenses. La démolition permettait de réutiliser briques, bois et pierre.
Les jardins disparurent souvent plus vite encore que le souvenir des maisons. Les bassins furent comblés et les allées abattues. Les parterres redevinrent prairies, terres cultivées ou vergers. Les fermes furent conservées ou renouvelées car elles restaient économiquement utiles. Le paysage de résidences alignées redevint ainsi principalement agricole.
Volgerwijck constitue une exception encore lisible. La demeure d’origine disparut, mais le pont voûté du XVIIe siècle et les anciens piliers du portail furent conservés. Des lions de pierre surmontent les piliers en brique. Derrière le portail se trouve une ferme de maître plus récente qui a gardé l’ancien nom. Elle n’est pas la maison de campagne primitive, mais maintient le lien entre richesse urbaine et exploitation agricole.
Zwaansvliet se trouvait à l’est de Volgerwijck. Des vestiges de son pont et de ses piliers subsistèrent longtemps. Ils disparurent au XXe siècle, entraînant la perte d’un autre des derniers éléments visibles de la succession du XVIIe siècle.
Le sous-sol a conservé davantage que la surface. Les recherches archéologiques retrouvent fondations, revêtements de berges, murs de jardin, fosses à déchets et anciennes pièces d’eau comblées. Fragments de vaisselle, bouteilles, carreaux et matériaux de construction montrent comment les habitants aménageaient leurs demeures et quels produits ils utilisaient.
Les cartes anciennes révèlent aussi le paysage des maisons de campagne. Les demeures et jardins y apparaissent comme de petits mondes géométriques inscrits dans le grand quadrillage du Beemster. Les mêmes lignes droites reviennent à différentes échelles. Le polder était divisé en parcelles rectangulaires elles-mêmes structurées par allées, parterres et canaux.
Ce qui reste visible aujourd’hui
Aujourd’hui, fermes et terres ouvertes dominent la Volgerweg. Le dessin change pourtant à certains endroits. Un fossé est plus large que nécessaire pour le drainage. Une allée conduit directement vers une cour. De vieux arbres se dressent à intervalles réguliers. Un portail paraît trop monumental pour la ferme située derrière. Ces éléments appartiennent à une couche disparue du paysage.
Cette couche est particulièrement lisible à Volgerwijck. Depuis la voie publique, regardez le pont, le portail et la longue entrée. Derrière les lions de pierre, n’imaginez pas une simple ferme, mais une succession de demeures et de jardins qui firent de la Volgerweg l’une des routes de campagne les plus prestigieuses de Hollande. Presque tous les bâtiments ont disparu. Leurs lignes restent dispersées dans le polder.