Les Pays-Bas et l’eau
Les dunes de Hondsbossche
Entre Camperduin et Petten, la chaîne de dunes de Hollande-Septentrionale fut interrompue pendant des siècles. Ici, la mer du Nord n’était pas retenue par des dunes naturelles, mais par la digue dure de Hondsbossche et Pettemer. Lorsqu’elle ne répondit plus aux normes modernes de sécurité, elle ne fut pas rehaussée une nouvelle fois. En 2014 et 2015, environ 35 millions de mètres cubes de sable furent déposés devant l’ancienne digue. Une nouvelle côte composée de plages, de dunes, de lagunes et de jeunes milieux naturels apparut ainsi. L’ancienne digue resta derrière le sable, tandis qu’une large zone côtière mobile absorba la première force de la mer.

Pourquoi y aller ?
Deux formes radicalement différentes de défense côtière peuvent être comprises ici au cours d’une même promenade. À Camperduin, une lagune, de jeunes dunes et une large plage se trouvent devant la ligne droite de l’ancienne digue. La nouvelle côte sableuse se poursuit vers le nord jusqu’à Petten. Le secteur est librement accessible par les accès à la plage et les chemins pédestres et cyclables. Aucun guide ni billet d’entrée n’est nécessaire, mais le déplacement dans le paysage permet de comprendre bien mieux la différence entre l’ancienne digue et la nouvelle côte qu’un seul point de vue.
Que voit-on ?
À Camperduin, le regard porte sur la lagune, la large plage et les jeunes dunes. Une côte sableuse longue de plusieurs kilomètres s’étend vers le nord jusqu’à Petten. Entre la plage et l’arrière-pays se trouvent des crêtes dunaires, des dépressions humides, de l’oyat et des chemins. Du côté terrestre, l’ancienne digue de Hondsbossche reste reconnaissable sous la forme d’une longue levée herbeuse rectiligne. Depuis les points élevés des dunes, on voit clairement que la plage et les nouvelles dunes furent créées devant cette ancienne ligne de défense.
Pourquoi ce lieu compte
Les dunes de Hondsbossche illustrent un changement fondamental dans la défense côtière néerlandaise. Pendant des siècles, ce point vulnérable fut protégé par du bois, de l’argile, de la pierre, du basalte et une digue toujours plus massive. Au XXIe siècle, une large côte sableuse fut choisie pour absorber l’énergie des vagues et se déplacer sous l’influence du vent et de la mer. L’ancienne digue perdit sa fonction principale, tandis que de nouvelles terres, de nouveaux habitats et des espaces de loisirs apparurent devant elle. Les rechargements répétés en sable montrent toutefois que cette défense plus souple exige elle aussi une gestion permanente.
La grande histoire
Entre Camperduin et Petten, il manqua pendant des siècles un élément qui semble naturel sur presque toute la côte de Hollande-Septentrionale : une large chaîne de dunes. C’est précisément ici que l’arrière-pays restait exposé à la mer. Là où le sable, le vent et la végétation formaient ailleurs un système dunaire, une digue construite par l’homme devait retenir les vagues.
Le littoral se trouvait autrefois plus à l’ouest. Au Moyen Âge, des dunes, des plages et des terres habitées s’étendaient devant la côte actuelle. Les tempêtes, les vagues et l’érosion continue repoussèrent progressivement la limite entre terre et mer vers l’est. Des localités disparurent ou furent déplacées vers l’intérieur. Petten dut lui aussi reculer à plusieurs reprises devant l’eau.
Un système de digues et de dunes renforcées se développa peu à peu à cet endroit vulnérable. Sa gestion fut confiée au Hoogheemraadschap van de Hondsbossche en Duinen tot Petten. Diguegraves, administrateurs, surveillants et ouvriers étaient responsables d’un secteur côtier dont la survie ne fut jamais assurée. Le nom Hondsbossche renvoyait à la région disparue de Hondsbos ou Hondsbosch. La digue conserva ainsi le nom d’une terre que la mer avait déjà emportée.
La défense devint progressivement plus lourde. Des pieux de bois, des fascines, de l’argile et de la pierre devaient empêcher les vagues d’endommager la digue. Des revêtements de basalte et des épis furent ajoutés plus tard pour influencer les courants et le transport du sable. Chaque forte tempête fut suivie d’inspections, de réparations et souvent d’un nouveau rehaussement ou élargissement.
La digue de Hondsbossche et Pettemer finit par former une interruption dure d’environ six kilomètres entre les dunes de Schoorl et celles situées au nord de Petten. Elle se trouvait presque directement au bord de la mer. Il n’y avait guère de plage et, pendant les tempêtes, les vagues frappaient le revêtement de pierre du talus extérieur. La digue lourde et rectiligne contrastait fortement avec les dunes mobiles à ses deux extrémités.
La tempête du 1er février 1953 montra que même une digue haute et lourdement protégée restait vulnérable. Sa crête atteignait environ 8,5 mètres au-dessus du NAP, mais les vagues la franchirent néanmoins. Des parties de la voie de service furent emportées et environ 1 500 mètres carrés de revêtement en basalte disparurent près de Camperduin. De profonds affouillements apparurent autour des bunkers de la Seconde Guerre mondiale.
Après 1953, la digue fut de nouveau renforcée. Une attention particulière fut portée à la transition entre la défense dure et les dunes voisines à Camperduin. La digue s’avançait davantage dans la mer que la côte sableuse adjacente. Ces transitions peuvent subir une érosion particulièrement forte sous l’action des courants et des vagues. La digue resta néanmoins la protection principale de l’arrière-pays pendant plusieurs décennies.
Au début du XXIe siècle, la digue de Hondsbossche et Pettemer ne répondit plus aux nouvelles normes légales de sécurité. Elle fut désignée comme un maillon faible du littoral néerlandais. Une solution traditionnelle semblait évidente : rehausser et élargir une nouvelle fois la digue et la renforcer avec davantage de pierre et d’asphalte. La barrière dure serait devenue encore plus massive, tandis que la transition abrupte entre digue et dunes serait restée en place.
Une intervention du côté de la mer fut finalement choisie. Une plage et un paysage dunaire entièrement nouveaux devaient être créés devant l’ancienne digue. Ce ne serait plus un mur encore plus élevé d’argile, de pierre et d’asphalte, mais une immense quantité de sable qui absorberait la première force des vagues et des tempêtes. La ligne de défense se déplaça ainsi de plusieurs centaines de mètres vers l’ouest.
En 2014 et 2015, des dragues apportèrent environ 35 millions de mètres cubes de sable depuis la mer du Nord. Des dragues aspiratrices prélevèrent le matériau dans des zones d’extraction désignées. Des conduites et des systèmes de projection le répartirent sur le fond marin, la plage et les nouvelles dunes. Là où la mer frappait auparavant directement la digue apparurent un large avant-côte, une longue plage et de nouvelles crêtes dunaires.
Le volume de sable ne fut pas conçu comme un ouvrage immobile. Lors de fortes tempêtes, certaines parties de la plage et des dunes avant peuvent s’éroder. Le sable libéré ne disparaît pas nécessairement de l’ensemble du système côtier, mais peut rester sur l’avant-côte ou être de nouveau déplacé par le vent et les vagues. L’érosion n’indique donc pas automatiquement une défaillance de la défense. Elle fait dans une certaine mesure partie de son fonctionnement.
Le projet ne servait pas uniquement la protection contre les inondations. Le nouveau paysage reçut différentes formes et fonctions. Une lagune apparut derrière une flèche sableuse à Camperduin. Ailleurs furent créés de larges plages, des vallées dunaires humides, de hautes crêtes et des zones naturelles calmes. Des sentiers pédestres, cyclables et équestres rendirent le secteur accessible. Une partie de la côte autrefois dominée par une digue devint un vaste paysage.
L’oyat et d’autres plantes pionnières contribuent à fixer le sable meuble, tandis qu’une place reste réservée à la mobilité naturelle. Le vent transporte le sable de la plage vers les dunes, où la végétation le retient. Dans les parties basses, l’eau s’accumule temporairement et crée des milieux humides. Sur les crêtes plus hautes, la sécheresse, le sel et le sable mobile déterminent les plantes capables de s’établir.
L’ancienne digue de Hondsbossche resta derrière le nouveau paysage dunaire. Elle ne disparut pas, mais perdit sa fonction principale de protection en 2016. Du côté terrestre, son tracé demeure reconnaissable sous la forme d’une longue levée herbeuse rectiligne. Deux générations de défense côtière se trouvent donc côte à côte : une limite fixe et dure et une large zone sableuse autorisée à se déplacer.
La nouvelle côte ne se maintient pas entièrement sans intervention humaine. Depuis sa création, la plage et l’avant-côte ont changé plus rapidement que prévu à certains endroits. Les courants et les vagues déplacent d’importantes quantités de sable, en particulier près de Camperduin et de Petten. Rijkswaterstaat complète donc périodiquement le socle côtier par de nouveaux rechargements, en déposant du sable sur la plage ou sur le fond marin devant le littoral.
Un rechargement de l’avant-côte fonctionne autrement que le simple rehaussement d’une digue. Le sable est déposé sous l’eau, puis redistribué par les vagues et les courants. Une partie se déplace progressivement vers la plage et les dunes. La défense n’est donc pas un ouvrage achevé qu’il suffit de surveiller, mais un système côtier qui doit régulièrement recevoir de nouveaux matériaux.
À Camperduin, la succession entre ancien et nouveau est facile à lire. La mer du Nord se trouve devant. Derrière se succèdent la plage, les jeunes dunes, la lagune et les dépressions humides. Plus loin vers l’intérieur court l’ancienne digue rectiligne. En quelques centaines de mètres se trouvent ainsi la mer ouverte, un littoral datant de 2015 et une histoire de digues remontant à plusieurs siècles.
Observe surtout la position de l’ancienne digue. En parcourant uniquement la plage et les jeunes dunes, on pourrait facilement croire que cette côte a toujours eu cet aspect. Ce n’est qu’en apercevant la levée herbeuse droite derrière le sable que l’on comprend à quel point le littoral fut déplacé vers la mer. Les dunes de Hondsbossche ne représentent donc pas un choix entre technique et nature. L’ensemble du paysage est un ouvrage hydraulique conçu, mais le vent, la mer, le sable et la végétation peuvent continuer à se déplacer à l’intérieur de ce projet.
Pour aller plus loin
- 10 jaar Hondsbossche DuinenHoogheemraadschap Hollands Noorderkwartier
- Rijkswaterstaat versterkt kust Hondsbossche DuinenRijkswaterstaat
- Stormvloed 1953Hoogheemraadschap Hollands Noorderkwartier