Lieux disparus
Le château disparu de Wijdenes
Un château du comte Florent V se dressait à la fin du XIIIe siècle près de l’ancien rivage de Wijdenes. La forteresse devait soutenir son autorité en Frise-Occidentale et resta probablement debout moins de quinze ans. Après la mort de Florent en 1296, son commandant livra le château, que les Frisons-Occidentaux démolirent ensuite entièrement. L’érosion côtière et le recul ultérieur de la digue firent finalement passer l’ancien site sous les eaux. Son emplacement précis demeura inconnu pendant des siècles. En 2025, des structures rectangulaires et de grandes briques médiévales furent localisées au fond du Markermeer et identifiées de manière convaincante comme les vestiges du château.

Pourquoi y aller ?
Wijdenes conserve l’histoire d’un château qui disparut presque aussi vite qu’il avait été construit. Il ne s’agissait pas d’une paisible résidence seigneuriale, mais d’un instrument militaire et politique dans le conflit entre la Hollande et les Frisons-Occidentaux indépendants. Après la mort de Florent V, la forteresse fut livrée puis démolie. Même son ancien emplacement disparut ensuite sous les eaux. Depuis la digue, le Markermeer paraît vide, alors que son fond conserve les vestiges de l’un des châteaux les plus longtemps recherchés de Hollande-Septentrionale.
Que voit-on ?
Depuis la digue circulaire de Frise-Occidentale, on voit les eaux ouvertes du Markermeer, le rivage bas, les prairies et le port de Wijdenes. Rien du château n’est visible au-dessus de l’eau. Ses vestiges reposent au fond du lac et ne sont pas accessibles. Aucun mur, fossé ni tertre castral n’est reconnaissable sur la terre ferme. La forteresse disparue se comprend surtout à travers l’ancien rivage, l’accès stratégique depuis l’eau et la digue qui fut ensuite déplacée vers l’intérieur.
Pourquoi ce lieu compte
Le château de Wijdenes se trouvait à un tournant de l’histoire de la Frise-Occidentale. Florent V utilisait les fortifications pour contrôler les territoires conquis, protéger les voies d’approvisionnement et imposer une présence comtale durable. La démolition rapide de Wijdenes montre que cette domination restait fragile. Son identification sous l’eau relie histoire politique, érosion côtière, gestion de l’eau et archéologie. Un édifice destiné à symboliser le pouvoir fut d’abord démantelé par les hommes puis caché par la transformation du littoral.
La grande histoire
À la fin du XIIIe siècle, la Frise-Occidentale ne faisait pas encore naturellement partie du comté de Hollande. Ses habitants défendaient leur autonomie et résistaient régulièrement aux comtes hollandais. Le terrain plat parcouru de fossés, de marais et de chemins difficiles rendait les campagnes militaires coûteuses et dangereuses.
Le conflit avait également une dimension personnelle. Guillaume II, père de Florent V, était mort en 1256 pendant une campagne contre les Frisons-Occidentaux. Son cheval passa à travers la glace près de Hoogwoud, après quoi il fut tué. Son corps resta caché pendant des années. Florent grandit avec le récit de cette défaite et fit de l’extension de son autorité sur la Frise-Occidentale un objectif majeur de son gouvernement.
En 1282, Florent lança une nouvelle campagne contre les Frisons-Occidentaux. Selon la tradition, son armée débarqua à Wijdenes sur le côté oriental de la région. Le site permettait de pénétrer depuis l’eau dans le Drechterland et l’intérieur de la Frise-Occidentale. Le 25 juin 1282, Florent émit une charte depuis Wijdenes. Cela indique que la fortification comtale existait probablement déjà ou était au moins utilisable à cette date.
Le château était appelé Huis te Wijdenes ou Huis te Widenisse. Sa forme reste encore mal connue. Il s’agissait probablement d’une fortification en brique pouvant accueillir une garnison et des provisions. Les découvertes actuelles ne permettent pas encore d’établir avec certitude si elle possédait des tours, une basse-cour ou plusieurs fossés.
Wijdenes appartenait à un ensemble de fortifications par lesquelles Florent renforçait sa position en Hollande-Septentrionale. Des châteaux comtaux se trouvaient également près de Medemblik, d’Alkmaar et de Krabbendam. Ils protégeaient des routes et des points d’appui, mais portaient aussi un message politique clair. Un château de pierre montrait que le comte ne voulait pas seulement traverser la région avec une armée, mais comptait y établir durablement son autorité.
Pour les Frisons-Occidentaux, la forteresse devait constituer un signe manifeste du pouvoir comtal. Sa construction exigeait des briques, du bois, de la main-d’œuvre et des approvisionnements. Depuis la fortification, il était possible de surveiller les mouvements le long de la côte et les voies menant vers l’intérieur. Sa position au bord de l’eau permettait un ravitaillement par bateau.
Florent étendit progressivement son autorité sur la Frise-Occidentale. Une grande inondation en 1287 affaiblit et isola certaines parties de la région. Au cours des années suivantes, davantage de communautés reconnurent son pouvoir. Florent fit finalement retrouver et transférer le corps de son père. Un important objectif personnel et politique semblait ainsi atteint.
La paix fut de courte durée. Florent V fut capturé par des nobles en 1296 puis tué près de Muiderberg. Sa mort affaiblit le pouvoir comtal et offrit aux Frisons-Occidentaux l’occasion d’attaquer les symboles de la domination hollandaise.
Le château de Wijdenes était alors administré par Boudewijn van Naaldwijk. Lorsque les Frisons-Occidentaux avancèrent, il livra la forteresse en échange de sa vie et de celle de sa famille. Les assaillants démolirent ensuite le château. Ils poursuivirent leur marche vers le Huys te Nuwendore puis vers Medemblik.
La démolition de Wijdenes fut apparemment si complète que le château ne fut jamais remis en service. Seules de faibles fondations, des gravats et des briques dispersées restèrent probablement sur place. La quantité de matériaux emportés ou réemployés ailleurs reste inconnue.
Le paysage côtier continua lui aussi à changer. Tempêtes, vagues et érosion attaquaient les terres devant Wijdenes. La Hofweide ou le Hofland, dont une partie se trouvait hors de la digue au XIVe siècle, conservaient peut-être la mémoire de l’ancien terrain du château. Après une grave inondation, la digue de Wijdenes fut déplacée plus à l’intérieur au XVe siècle.
L’ancien emplacement du château put ainsi se retrouver à l’extérieur de la nouvelle défense contre les eaux. Des terrains encore secs ou proches du rivage au XIIIe siècle devinrent ensuite un fond lacustre peu profond. Non seulement le bâtiment disparut, mais le site lui-même devint invisible.
Pendant des siècles, les cartes, les noms de champs et les traditions locales ne fournirent que des indices. Certaines représentations montraient un symbole ressemblant à un château. Des parcelles appelées Hofland furent proposées comme emplacements possibles. Aucune de ces indications n’apporta cependant de preuve convaincante de la localisation exacte.
Au XXe siècle, les recherches devinrent plus systématiques. Des sondages et d’autres mesures furent réalisés sur la terre ferme sans révéler de fondations ou de douves certaines. Les premières recherches sous-marines ne fournirent pas davantage de preuves suffisantes. Le Huis te Wijdenes demeura ainsi l’une des grandes énigmes du Moyen Âge frison-occidental.
Dans les années 1990, des plongeurs aperçurent des rangées de grandes briques sur une élévation sableuse du Markermeer. Elles ressemblaient aux grandes briques médiévales dites kloostermoppen et pouvaient avoir appartenu à des murs. L’eau trouble, les courants et le déplacement du sable rendirent ensuite le site difficile à retrouver et à cartographier précisément.
De nouvelles techniques transformèrent la recherche. Le sonar et les appareils multifaisceaux permirent d’étudier le fond avec davantage de précision. Des formes rectangulaires apparurent. Des plongeurs bénévoles examinèrent ensuite le site principalement au toucher, car la visibilité sous l’eau était presque nulle.
En août 2025, les chercheurs annoncèrent que l’emplacement avait été identifié de manière convaincante comme celui du château disparu de Wijdenes. De grandes briques médiévales et des structures formaient des motifs rectangulaires au fond du lac. La combinaison de l’emplacement, des matériaux et de la forme correspondait à ce que l’on pouvait attendre de la forteresse perdue.
L’identification ne répond pas encore à toutes les questions. La taille exacte du complexe, la disposition des murs et d’éventuelles tours ainsi que la quantité de vestiges conservés sous le sable ne sont pas entièrement établies. De nouvelles recherches archéologiques et géophysiques devront déterminer la véritable organisation du château.
Le dessin bien connu du XVIIIe siècle apporte peu d’aide. Jacobus Stellingwerff créa une représentation imaginaire d’un château disparu depuis plus de quatre siècles. L’image montre comment les générations ultérieures se représentaient la forteresse, et non son apparence démontrable.
Rien des vestiges n’est visible depuis la digue. Le Markermeer s’étend largement devant la côte. Sous ses eaux se trouve pourtant un lieu où un château fut construit, occupé, livré puis démoli en très peu de temps. Le fond du lac conserve non seulement les restes d’une forteresse disparue, mais aussi un chapitre décisif du conflit entre la Hollande et la Frise-Occidentale.
Pour aller plus loin
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- Het verdwenen kasteel bij WijdenesOneindig Noord-Holland
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