L’histoire de ce lieu
Une frange urbaine devient paysage artistique
De Nollen se trouve à la lisière de Den Helder, là où voies ferrées, routes, constructions et dunes intérieures se rencontrent. Pendant longtemps, le terrain resta longtemps difficile à définir. On y trouvait des dunes basses, de l’eau, une végétation sauvage, des bunkers et des espaces de stockage, mais peu de choses indiquaient un ensemble cohérent. Ce n’était ni une réserve naturelle classique, ni un monument identifiable, ni un parc aménagé.
À partir de 1980, l’artiste R.W. van de Wint commença à travailler ici. Il ne plaça pas simplement des sculptures dans le paysage, mais fit du paysage lui-même une partie de son art. Sol, eau, bunkers, chemins, différences de niveau et lumière furent intégrés dans un ensemble en croissance lente.
De Nollen ne se comprend donc pas en un seul regard. Les dunes basses et l’herbe forment la première couche. Puis apparaissent des formes d’acier brun rouille, des espaces peints et des bunkers à moitié enfouis. Le lieu ne fonctionne pas comme une salle de musée remplie d’objets séparés, mais comme un paysage où chaque courbe et chaque changement de point de vue révèle quelque chose de nouveau.
Des bunkers sans passé refermé
Les vestiges militaires constituent une partie importante de ce paysage. Les bunkers de la Seconde Guerre mondiale n’ont ni été supprimés ni présentés séparément comme monuments de guerre. Van de Wint les a intégrés à son œuvre. Par endroits, ils restent clairement reconnaissables comme ouvrages défensifs en béton ; ailleurs, ils deviennent des espaces sombres, des supports de couleur ou des formes lourdes dans les dunes.
Leur signification change sans que leur passé disparaisse. Les bunkers restent des vestiges de guerre tout en faisant partie d’un nouveau paysage artistique. Béton, sable, acier, peinture, herbe et eau ne se trouvent pas côte à côte comme des couches séparées, mais s’entrelacent.
Le paysage de dunes intérieures détermine également la manière dont De Nollen est vécu. Une nol désigne une petite dune ou une élévation sableuse. Ces petites ondulations dirigent les lignes de vue et font apparaître puis disparaître les œuvres. Le terrain n’est pas une surface plane sur laquelle l’art a été posé. Le déplacement dans le paysage fait partie de l’œuvre.
Acier, couleur et mouvement
De nombreuses formes sont réalisées en acier patinable. Sous l’effet de la pluie, du vent, du sel et du temps, l’acier acquiert une peau brun rouge. Cette couleur s’accorde au sable, à l’oyat et au béton altéré. Sous un soleil vif, le matériau peut se détacher nettement du ciel, tandis que par temps gris il semble presque s’enfoncer dans le sol.
La couleur joue un rôle tout aussi important. Van de Wint travaillait comme peintre, sculpteur et bâtisseur. Certains espaces intérieurs ressemblent à des tableaux dans lesquels on peut entrer. D’autres œuvres se comportent comme des murs, des tunnels ou des signes dans le paysage. La frontière entre peinture, sculpture et architecture s’efface.
De Nollen devint l’œuvre de toute une vie de Van de Wint. Pendant des années, il continua à construire, peindre et transformer. Le terrain ne reçut donc jamais une forme définitive et achevée. Il semble encore en mouvement, comme si le vent, la rouille, la végétation et la lumière poursuivaient le travail.
Une œuvre de toute une vie qui continua de grandir
Après sa mort en 2006, le terrain resta intact comme ensemble. Stichting De Nollen gère le site et permet des visites guidées. Cette manière de visiter correspond à la nature du lieu. Sa signification ne réside pas seulement dans les œuvres individuelles, mais dans la cohérence des parcours, des espaces, des lignes de vue et du paysage.
Le caractère brut de l’ancienne frange urbaine n’a pas totalement disparu. La végétation reste sauvage, les chemins sont irréguliers et des masses de béton surgissent parfois de façon inattendue du sable. Le lieu a été soigneusement façonné sans être lissé. C’est précisément ce qui permet à son histoire de rester sensible.
Une seconde vie pour un lieu difficile
L’histoire de Den Helder résonne également dans De Nollen. La ville a été façonnée par la mer, la marine, la guerre, les voies ferrées, les canaux et la reconstruction. À De Nollen, ces éléments reviennent sous forme de vent, de sable, de béton, d’acier et d’espace ouvert. Le passé militaire n’est pas figé ici dans un monument traditionnel, mais transformé en paysage.
Plusieurs vies successives du site se rejoignent ainsi à De Nollen. Le lieu fut terrain dunaire, site militaire, frange urbaine délaissée, espace de stockage, atelier et lieu de travail. Il forme aujourd’hui un paysage artistique dans lequel ces couches anciennes restent présentes.
Les grandes œuvres d’acier attirent l’attention, mais ne sont pas plus importantes que les bunkers, les plans d’eau, les dunes basses et la végétation sauvage. Ce n’est que dans leur relation que l’on comprend ce que Van de Wint a créé ici : non pas une collection de sculptures, mais un paysage où vestiges de guerre et art continuent de s’influencer.
De Nollen montre qu’un lieu difficile n’a pas besoin d’être soigneusement effacé pour recevoir une nouvelle signification. Les bunkers n’ont pas été supprimés et le terrain dunaire n’a pas été transformé en parc soigné. La rudesse est restée et est devenue une partie de l’œuvre.
C’est pourquoi De Nollen est plus qu’un lieu d’art. C’est un ancien paysage de lisière qui a reçu une seconde vie sans perdre son passé. Dans l’acier rouillé, l’herbe contre le béton, les dunes basses et le ciel ouvert, guerre, abandon, art et renaissance se rejoignent.