L’histoire de ce lieu
Là où la mer pénètre entre les dunes
Le Slufter de Texel se trouve au nord-ouest de l’île, entre De Muy et les dunes d’Eierland. Depuis le point de vue élevé, le secteur ressemble à une vaste vallée entourée de dunes. Un chenal traversant le centre de la plaine le relie pourtant directement à la mer du Nord. L’eau de mer pénètre par cette ouverture et se répartit dans un réseau ramifié de petites criques.
Aux niveaux habituels, une grande partie de la plaine reste sèche ou simplement humide. L’eau circule surtout dans le chenal principal et les criques les plus profondes. Lors des grandes marées, des tempêtes de nord-ouest ou de niveaux exceptionnellement élevés, la mer peut pénétrer beaucoup plus loin. Les parties basses sont alors inondées et la plaine devient temporairement une mer intérieure peu profonde. En se retirant, l’eau laisse sel, vase, sable et matériaux échoués.
De Slufter ne résulte pas seulement de processus côtiers naturels. Au XIXe siècle, des cordons dunaires artificiels furent construits pour fermer la plaine littorale entre De Muy et Eierland. Des tempêtes ouvrirent plusieurs brèches dans cette nouvelle barrière. La plupart furent réparées, mais les tentatives de fermeture à De Slufter restèrent fragiles. Au début du XXe siècle, il fut décidé de maintenir la connexion avec la mer. Les terres prévues pour la poldérisation restèrent ainsi sous l’influence des marées.
Un paysage de sel et de marées
L’eau et les sédiments continuent de transformer le paysage. Dans les secteurs abrités, de fines particules de vase se déposent entre les plantes, tandis qu’ailleurs le sable et les berges sont érodés. Les criques déplacent leurs courbes et de nouveaux chenaux apparaissent après les hautes eaux. Le chenal principal fut longtemps déplacé artificiellement lorsqu’il dérivait trop au nord ou au sud. Le système reçoit désormais davantage de liberté, car cette mobilité est une composante essentielle du paysage.
La salinité détermine la végétation. La salicorne pousse sur les sols nus et salés des parties les plus basses, souvent inondées, et peut rougir en automne. L’obione et l’armoise maritime tolèrent également le sel et les submersions régulières. Un peu plus haut pousse le statice, dont les fleurs violettes peuvent former de vastes nappes en juillet et août. Le gazon d’Espagne fleurit surtout à la fin du printemps et au début de l’été avec des capitules roses.
Les zones végétales suivent de faibles différences d’altitude. Un emplacement situé seulement quelques centimètres plus haut est moins souvent inondé et accueille d’autres espèces. La végétation basse du marais passe ainsi progressivement aux pelouses dunaires et à des communautés plus sèches. Ce dessin révèle les secteurs les plus fréquemment atteints par la mer, même si la plaine paraît presque horizontale.
Des chenaux pleins de vie
Les criques sont importantes pour les animaux. Crevettes, petits crabes et jeunes poissons pénètrent dans les terres avec la marée montante et regagnent les parties profondes lorsque l’eau baisse. Avocettes, huîtriers et autres limicoles recherchent des animaux du fond sur les bordures vaseuses. Tadornes et autres canards utilisent les eaux peu profondes pour se nourrir et se reposer.
La partie nord est fermée comme réserve ornithologique. Eiders, tadornes, avocettes et autres oiseaux côtiers y trouvent des sites de nidification à l’écart de la fréquentation. Les hautes eaux restent un risque pour les nids au sol. Hors de la période de reproduction, migrateurs et hivernants utilisent la même plaine pour se nourrir et se reposer. Bruants des neiges, linottes à bec jaune et parfois alouettes haussecols cherchent alors des graines dans la végétation basse et parmi les débris échoués.
Marcher dans un paysage côtier en mouvement
La partie sud est accessible par des sentiers depuis le point de vue. En contrebas, le terrain peut être boueux, détrempé ou temporairement inondé. Une crique qui semble petite à marée basse peut devenir beaucoup plus large et profonde après les hautes eaux. De bonnes chaussures et une attention portée au temps et au niveau de l’eau sont donc recommandées. La réserve du nord ne doit pas être pénétrée.
La structure de De Slufter se lit le mieux depuis le point de vue. Le chenal principal vient de la mer, serpente vers l’intérieur et se divise en lignes plus fines. Près du sol apparaissent d’autres indices : sel sur les feuilles, vase fraîche le long des berges, empreintes d’oiseaux dans la boue et débris indiquant la hauteur atteinte par l’eau.
Chaque saison modifie l’apparence du lieu. Au printemps, les oiseaux nicheurs reviennent et le marais se couvre d’une végétation verte. En été fleurissent statice et gazon d’Espagne. En automne, salicorne et plantes fanées prennent des teintes rouges et brunes tandis que les oiseaux migrent le long de la côte. En hiver, le dessin nu des criques, les hivernants et les effets des tempêtes deviennent plus visibles.
De Slufter montre que la nature côtière ne se développe pas toujours en excluant la mer. Ici, la connexion ouverte est indispensable. Sans inondations régulières, les plantes halophiles disparaîtraient, les criques se combleraient progressivement et la plaine deviendrait un autre paysage. Ce qui est combattu ailleurs comme une menace maintient ici la nature en mouvement.
Que voir et quand ?
Les mois indiquent quand une observation est la plus probable. La nature reste imprévisible.
Statice commun
En juillet et en août, les petites fleurs violettes peuvent colorer de vastes parties du pré salé. Leur abondance et leur emplacement précis varient d’une année à l’autre selon les inondations, la salinité et les dépôts de sable et de vase.
Gazon d’Espagne
Les capitules roses apparaissent surtout à la fin du printemps et au début de l’été sur les parties légèrement plus hautes du pré salé, où le sol reste salé mais est moins souvent inondé.
Salicorne
La salicorne pousse bas sur des sols nus régulièrement inondés. D’abord vert vif, elle peut devenir rouge à rouge sombre en septembre et octobre.
Eider à duvet
Les eiders à duvet nichent surtout dans la partie nord fermée. Après l’éclosion, femelles et poussins peuvent se regrouper dans les chenaux plus larges, généralement loin des sentiers accessibles.
Tadorne de Belon
Toute l’annéeLes tadornes de Belon sont visibles presque toute l’année le long des chenaux et des bordures vaseuses. Couples et familles apparaissent au printemps et en été ; hors saison de reproduction, les oiseaux se regroupent plus souvent.
Avocette élégante
Les avocettes élégantes se nourrissent dans les eaux peu profondes et sur les bordures vaseuses, balayant l’eau de leur bec recourbé. Les oiseaux nicheurs se trouvent surtout dans les secteurs calmes et fermés.
Limicoles
Pendant les migrations de printemps et d’automne, différents limicoles recherchent vers, petits crustacés et autres invertébrés le long des vasières et dans les chenaux peu profonds.
Bruant des neiges
Pendant les mois froids, les bruants des neiges peuvent parcourir en petits groupes les zones sableuses nues et la végétation basse du pré salé. On ne les remarque souvent qu’au moment où ils s’envolent.
Linotte à bec jaune
Les linottes à bec jaune apparaissent surtout en automne et en hiver et recherchent en groupes de petites graines dans la végétation basse du pré salé. Leur plumage discret se confond facilement avec les teintes du sol hivernal.
Alouette haussecol
Les alouettes haussecols sont de rares visiteuses hivernales des végétations basses et ouvertes et des marges sableuses du pré salé. Une observation reste particulière et demande généralement une recherche patiente et prolongée.
Faucon pèlerin
Surtout hors de l’été, un faucon pèlerin peut chasser au-dessus de la plaine ouverte. L’envol soudain d’un groupe de canards ou de limicoles peut trahir sa présence.