L’histoire de ce lieu
Un village derrière la digue maritime
À l’ouest du Petten actuel, un petit cimetière se trouve parmi des maisons de la reconstruction. Son mur bas, ses monuments funéraires et ses anciennes dalles peuvent sembler n’être que les restes d’un vieux cimetière. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il occupait pourtant le cœur d’un village. L’église, les maisons, les rues et les bâtiments publics du troisième Petten se trouvaient autour de lui.
Ce Petten était lui-même le résultat de pertes et de déplacements antérieurs. Des villages plus anciens avaient disparu sous l’effet des tempêtes, de l’érosion et du recul des défenses côtières. Un nouveau village se développa derrière les digues du Hondsbossche et de Petten. Il ne se trouvait plus sur le rivage le plus ancien, mais resta étroitement lié à la mer, à l’entretien des digues, à la pêche et au paysage côtier ouvert.
La plupart des bâtiments étaient des maisons basses bordant de simples rues villageoises. Il y avait une église, une mairie, des commerces, des écoles, des fermes et de petites entreprises. La communauté était compacte et l’église formait son centre reconnaissable. Le village n’était pas grand, mais maisons, cours, rues et bâtiments publics formaient un ensemble développé pendant une longue période.
Le Mur de l’Atlantique atteint Petten
Pendant l’occupation allemande, la situation côtière devint un problème militaire. À partir de 1942, la construction du mur de l’Atlantique commença le long de la côte d’Europe occidentale. Cette zone défensive devait empêcher un débarquement allié. Les villages et bâtiments gênant le champ de tir ou situés sur des terrains militaires pouvaient être évacués et démolis.
Les conséquences furent exceptionnellement lourdes pour Petten. Les habitants durent quitter leurs maisons et trouver refuge ailleurs. Entre juin 1943 et mai 1944, logements, fermes, commerces et bâtiments publics furent systématiquement démolis. Seules quelques constructions situées hors du centre proprement dit purent rester. Presque rien du village ancien ne subsista en surface.
L’église réformée dut également disparaître. Après les déplacements antérieurs du littoral, elle était devenue le centre fixe du village, mais fut démolie en 1944 sur ordre de l’occupant. Sa perte supprima non seulement un bâtiment, mais aussi le point d’ancrage spatial des rues, du cimetière et de la vie quotidienne.
Ce qui subsista de l’église et du cimetière
Les dalles funéraires de l’église furent conservées puis regroupées sur le terrain du cimetière. Elles portent les noms de personnes autrefois enterrées à l’intérieur du bâtiment. Une partie matérielle de l’église demeure ainsi présente, bien que les murs, le toit et la tour aient disparu.
L’ancien cimetière et le petit bâtiment mortuaire subsistèrent également. Après la démolition, ils se retrouvèrent isolés dans un paysage côtier militaire. Bunkers, obstacles et autres ouvrages défensifs avaient remplacé les maisons. Le débarquement allié pour lequel le village avait été supprimé n’eut pas lieu sur cette partie de la côte.
Un nouveau village ailleurs
Après la Libération, Petten ne pouvait pas simplement retrouver son ancienne forme. Les bâtiments avaient disparu, le terrain avait changé et les matériaux de construction manquaient. La reconstruction commença en 1946. Un autre plan fut élaboré pour le nouveau village, avec des rues plus larges, de nouveaux logements et des équipements conformes aux principes urbanistiques de l’après-guerre.
Le nouveau Petten fut construit un peu plus au nord. Entre 1946 et 1957 apparut un nouveau centre comprenant plus d’une centaine de logements. La vie du village revint, mais l’ancien plan ne fut pas restauré. Les nouvelles rues suivirent d’autres lignes et les relations entre église, cimetière, mairie et habitations disparurent.
La position du cimetière changea elle aussi. Avant la guerre, il entourait l’église au milieu des maisons. Dans le nouveau plan, il se retrouva d’abord en bordure. Des constructions plus récentes finirent ensuite par l’entourer de nouveau. Le cimetière resta immobile tandis que le village changeait complètement de forme.
Là où l’ancien et le nouveau Petten se rencontrent
Peu d’autres éléments du troisième Petten sont reconnaissables en surface. Les photographies anciennes montrent des rues étroites, des maisons en bois et en brique, des cours, des clôtures et l’église comme repère fixe. Le même secteur présente aujourd’hui des logements de la reconstruction et des rues modernes. La continuité entre les deux périodes réside surtout dans le cimetière préservé.
Le troisième Petten disparut autrement que les villages antérieurs. La mer ne l’emporta pas et aucune tempête n’en fut la cause directe. Sa destruction fut décidée à l’avance, la population évacuée et les bâtiments démontés un par un. De nombreuses maisons étaient encore utilisables lorsqu’elles disparurent.
La reconstruction rétablit la vie villageoise, mais ne put restituer le paysage disparu. De nouveaux logements offrirent de nouveau un abri, mais l’ancien réseau de rues, de voisinages, de cours et de repères avait été rompu. Le Petten actuel est donc à la fois le successeur du troisième village et le résultat visible de l’occupation et de la reconstruction.
Le cimetière resta à sa place, mais tout ce qui lui donnait son sens changea. L’église, la mairie, les rues et les maisons disparurent entre 1943 et 1944. Ce qui apparaît aujourd’hui comme un lieu silencieux entre des logements d’après-guerre était autrefois le cœur du troisième Petten.