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Nature remarquable

Wormer- en Jisperveld

Entre Wormer, Jisp, Neck et Oostknollendam s’étend le Wormer- en Jisperveld, vaste paysage de basse tourbière où les voies d’eau remplacent les routes. Des milliers de parcelles herbeuses étroites forment des îles vertes entre fossés, chenaux, roselières et mares tourbeuses peu profondes. Une grande partie des terres n’est accessible qu’en bateau. Au printemps, barges à queue noire et chevaliers gambettes crient au-dessus des prairies, tandis que butors et phragmites restent cachés dans les roseaux. De rares roselières à sphaignes et de petites landes tourbeuses humides subsistent entre l’herbe et l’eau.

Nature remarquableNature & paysagePaysage de tourbière basseEspace naturel
Parcelles herbeuses étroites et voies d’eau dans le Wormer- en Jisperveld
Prairies et eau dans le Wormer- en Jisperveld, vues depuis la route entre Jisp et Neck. Le réseau dense de fossés divise le paysage tourbeux en étroites îles vertes.Photo : Wolk, via Wikimedia Commons, domaine publicModifications: Aucune modification.

Pourquoi y aller ?

Le Wormer- en Jisperveld montre à une échelle exceptionnelle le fonctionnement d’un ancien paysage tourbeux de Hollande-Septentrionale. Les fossés ne sont pas de simples limites, mais forment un réseau complet de voies navigables utilisé depuis des siècles par agriculteurs, gestionnaires et habitants. Beaucoup reste invisible depuis la route ; depuis un bateau, on comprend comment prairies, roselières, mares tourbeuses et bordures flottantes forment un même système humide. Une visite autonome est possible, mais l’eau offre de loin l’expérience la plus complète.

Que voit-on ?

Un paysage ouvert de prairies étroites, de fossés irréguliers, de larges voies d’eau, de roselières et de mares peu profondes. Comme les ponts manquent souvent, les parcelles ressemblent à des îles vertes séparées. Au printemps et au début de l’été, barges à queue noire, vanneaux et chevaliers gambettes survolent les herbages. Dans les roselières tranquilles, on peut entendre ou apercevoir phragmites, busards des roseaux et parfois butors. Depuis l’eau apparaissent aussi des bordures flottantes, de hautes herbes humides et de petites parcelles tourbeuses presque invisibles depuis les routes.

Que voir selon la saison ?

Choisissez un mois pour voir quelles espèces, plantes ou champignons sont alors les plus probables.

Barge à queue noire

Oiseau

Les barges à queue noire reviennent dans les prairies humides à partir de mars. Leurs cris, leurs vols nuptiaux et les adultes lançant l’alarme sont surtout remarquables en avril et en mai.

Chevalier gambette

Oiseau

Les chevaliers gambettes cherchent insectes et petits animaux le long des dépressions humides, des fossés et des berges peu profondes. Leur cri d’alarme porte loin au-dessus du paysage ouvert.

Canard siffleur

Oiseau

En automne et en hiver, de grands groupes de canards siffleurs se reposent sur les larges voies d’eau et les mares. Durant les périodes calmes, ils gagnent les prairies en sifflant pour y brouter.

Canard souchet

Oiseau

Les canards souchets fréquentent les eaux calmes et peu profondes. Leur large bec leur permet de filtrer de petits animaux aquatiques, des graines et d’autres aliments.

Phragmite des joncs

Oiseau

À partir d’avril, le chant rapide et râpeux de la phragmite des joncs retentit dans les roselières et la végétation humide. L’oiseau se perche souvent assez bas sur une tige ou un arbuste.

Butor étoilé

Oiseau

Le butor étoilé reste généralement caché dans les grandes roselières. Au printemps, son cri grave porte loin depuis les roseaux ; en voir un en vol demeure une rencontre chanceuse.

Busard des roseaux

Oiseau

Au-dessus des roselières et des prairies ouvertes, guettez un vol bas et oscillant. Les busards y recherchent petits mammifères, jeunes oiseaux et autres proies.

Campagnol nordique

Mammifère

Le campagnol nordique vit caché dans les prairies humides, les roselières et les hautes herbes. Les observations sont rares, mais les parcelles humides isolées constituent un habitat important.

Murin des marais

Mammifère

Lors des soirées douces, le murin des marais chasse au ras des voies d’eau larges et sombres. Il vole rapidement et capture les insectes presque directement au-dessus de la surface.

Roselière à sphaignes

Plante

Dans les anciennes zones de colonisation, roseaux et sphaignes poussent ensemble sur un sol mou et parfois flottant. Les différences entre mousses, fougères, laîches et roseaux sont surtout visibles au printemps et en été.

Lande humide de basse tourbière

Plante

Sur quelques parcelles tourbeuses fragiles, la bruyère et la camarine noire poussent parmi les sphaignes. La végétation basse peut devenir violette à la fin de l’été, mais de nombreux sites se trouvent hors des itinéraires accessibles.

Pourquoi ce lieu compte

Le Wormer- en Jisperveld est précieux parce qu’un vaste paysage cohérent de basse tourbière y a été conservé. Les prairies humides sont importantes pour les oiseaux de prairie et les canards hivernants. Les roselières à sphaignes, les landes tourbeuses humides et les hautes végétations accueillent des plantes dépendantes de milieux humides, pauvres ou légèrement saumâtres. Le réseau d’eau, de roseaux et de parcelles insulaires constitue aussi un habitat pour le campagnol nordique, le murin des marais, les poissons et les oiseaux des marais. Niveaux d’eau, qualité de l’eau et gestion attentive déterminent la survie de cet ensemble.

La grande histoire

Le Wormer- en Jisperveld se trouve entre Wormer, Jisp, Neck et Oostknollendam. Depuis sa périphérie, il ressemble à une plaine infinie d’herbe et d’eau, mais le paysage se compose de milliers de parcelles étroites séparées par des fossés et des voies navigables. Les routes pénètrent à peine à l’intérieur. De nombreuses prairies, roselières et parcelles naturelles ne sont accessibles qu’en bateau.

Le sous-sol est constitué de tourbe formée après la dernière période glaciaire. Dans le paysage humide, les restes de plantes mortes se sont accumulés en une couche épaisse. Sphaignes, roseaux et laîches ont contribué à cette croissance. Le sol actuel est le reste compacté et partiellement décomposé d’un paysage tourbeux autrefois beaucoup plus épais.

À partir du Moyen Âge, les habitants ont creusé des fossés pour drainer la tourbe et permettre l’agriculture. De longues parcelles étroites ont été tracées depuis les villages et les anciens axes de mise en valeur. Les petits fossés conduisaient l’eau vers des voies plus larges. Un paysage de bandes parallèles de terre et d’eau s’est ainsi formé.

Le drainage a permis l’agriculture, mais il a provoqué l’affaissement. Lorsque la tourbe sèche, elle se compacte et se décompose au contact de l’oxygène. Le niveau du sol a baissé et les niveaux d’eau ont dû être contrôlés avec toujours plus de précision. Le secteur se trouve donc dans un équilibre fragile : trop d’eau complique son utilisation, trop peu accélère la disparition de la tourbe.

Les terres humides et difficiles d’accès ont été utilisées de manière relativement extensive. Le bétail pâturait dans les prés et les agriculteurs récoltaient le foin sur des parcelles souvent accessibles uniquement en barque. Animaux, foin, outils et fumier circulaient par l’eau. Les fossés étaient donc à la fois canaux de drainage et routes du polder.

Ce caractère existe toujours. Les ponts manquent à de nombreux endroits et les parcelles ressemblent à des îles vertes dans l’eau. Agriculteurs et gestionnaires se rendent sur leurs terres en bateaux plats. Machines, bétail et roseaux coupés doivent parfois encore être transportés par bateau. Depuis l’eau, la fragmentation du secteur devient évidente.

Les prairies ouvertes sont importantes pour la barge à queue noire, le vanneau, le chevalier gambette et l’huîtrier. Au printemps, les barges se posent sur les clôtures et les poteaux et crient lorsque le danger approche. Les chevaliers cherchent leur nourriture le long des dépressions humides et des fossés. Les vanneaux utilisent la végétation courte et les zones dénudées, tandis que les jeunes barges ont besoin d’abris et de nombreux insectes.

Des niveaux d’eau élevés, une herbe riche en plantes, le calme et une fauche adaptée sont essentiels. Lorsque les prés sont fauchés tôt et en une fois, les nids et les refuges disparaissent. Lorsque les parcelles sèchent, les vers s’enfoncent plus profondément et la nourriture diminue. Les parcelles naturelles et certaines exploitations sont donc fauchées plus tard et par étapes.

Après la reproduction, le secteur devient une zone de repos et d’alimentation pour les migrateurs et les hivernants. Les canards siffleurs se rassemblent sur les grandes étendues d’eau et broutent dans les prairies pendant les périodes calmes. Les canards souchets filtrent les petits animaux aquatiques et les matières végétales dans les eaux peu profondes. Sarcelles, chipeaux, oies et foulques utilisent la même alternance d’étangs, de fossés et de prairies humides.

Le long des anciennes fosses de tourbe, des berges et des fossés tranquilles, l’eau libre se couvre lentement. Plantes aquatiques, roseaux et tapis de racines avancent sur l’eau. Un sol flottant se forme parmi les restes végétaux morts et permet à de nouvelles espèces de s’installer. Lorsque les sphaignes deviennent plus importantes, une roselière à sphaignes apparaît.

Une roselière à sphaignes est plus qu’une simple bordure de roseaux. Un tapis de mousses pousse entre les tiges, retient l’eau de pluie et crée des conditions acides et pauvres. Des espèces éliminées des prairies fertilisées peuvent y survivre. Sans entretien, cette végétation évolue toutefois lentement vers de hautes herbes, des fourrés puis une forêt marécageuse.

Sur quelques parcelles, l’évolution a atteint le stade de la lande tourbeuse humide. Bruyère et camarine noire poussent parmi les sphaignes. Une telle lande dans un paysage ouvert de prairies tourbeuses est rare et fragile. Le dessèchement, l’azote et l’expansion des arbustes et des arbres peuvent rapidement l’endommager.

De hautes végétations humides poussent le long des grandes voies d’eau. Une partie de cette flore rappelle l’ancienne influence saumâtre. Les fermetures hydrauliques et l’arrivée d’eau plus douce ont fortement réduit ces conditions. La restauration de l’eau ne concerne donc pas seulement sa clarté, mais aussi sa composition chimique.

Les roselières accueillent les oiseaux des marais. À partir d’avril retentit le chant rapide de la phragmite des joncs. Les busards chassent bas au-dessus des roseaux et des prairies. Les butors restent généralement cachés, mais leurs cris graves peuvent porter loin au printemps.

Le campagnol nordique appartient également à cette mosaïque humide. Il vit dans les prairies humides, les roselières et les hautes végétations. Les îles et les larges fossés tiennent souvent les espèces concurrentes à distance. Lorsque les parcelles s’assèchent ou sont reliées aux terres sèches par des digues, cet avantage disparaît.

Au crépuscule, le murin des marais chasse au ras des grandes voies d’eau. Il utilise les chenaux sombres comme routes de vol et terrains de chasse. Des connexions aquatiques continues, beaucoup d’insectes et peu d’éclairage vif sont importants. Une voie d’eau calme le jour devient un corridor aérien après le coucher du soleil.

Sous la surface vivent poissons, insectes aquatiques, escargots et moules d’eau douce. Leur habitat dépend d’une eau claire, de suffisamment d’oxygène et d’un entretien prudent. Lorsque tous les fossés sont nettoyés en même temps, abris et sites d’hivernage disparaissent. Un entretien progressif laisse toujours une partie de la végétation intacte.

La gestion demande beaucoup de travail. Les roselières à sphaignes doivent être fauchées et la matière coupée exportée. Arbustes et jeunes arbres sont supprimés pour préserver l’ouverture. Comme de nombreuses parcelles ne sont accessibles qu’en bateau et que le sol supporte peu de poids, ce travail prend du temps.

Le secteur subit aussi l’affaissement, l’azote, les eaux riches en nutriments, le dessèchement et les changements agricoles. L’eau s’écoule vers les polders plus profonds. Un niveau bas accélère la décomposition de la tourbe, tandis qu’un niveau plus élevé peut compliquer l’utilisation des prairies. Eau, agriculture et nature ne peuvent donc être gérées séparément.

Une promenade en bateau depuis Jisp ou De Poelboerderij révèle le mieux la structure. Les grandes voies d’eau se rétrécissent soudain en fossés ou débouchent sur des mares tourbeuses. Des vaches se tiennent sur des parcelles sans route visible et chaque virage révèle une nouvelle île d’herbe, de roseaux ou de tourbe.

Le Wormer- en Jisperveld n’est ni un marais intact ni un simple polder agricole. C’est un paysage drainé, parcouru en bateau, fauché et pâturé par l’être humain, dans lequel l’eau est toujours restée la force dominante. Prairies, fossés, roselières et végétations tourbeuses flottantes sont différentes parties d’un même système humide.

La frontière entre terre et eau y est exceptionnellement mince. Une prairie repose sur de la tourbe compactée, une roselière pousse depuis un tapis racinaire flottant et un fossé sert à la fois de limite, de voie navigable et d’habitat. Le secteur reste vivant parce qu’il n’est jamais devenu entièrement terre ni entièrement eau.

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