L’histoire de ce lieu
Un nom le long de l’ancienne route de la Schinkel
Huis te Vraag se trouve dans la Rijnsburgstraat à Amsterdam-Zuid, près de la Schinkel. Derrière la grille s’étend un monde clos de pierres tombales, de sentiers étroits, de haies, de lierre et de grands arbres. L’histoire du lieu commence pourtant bien avant l’aménagement du cimetière. Son nom renvoie à une ancienne route entre Haarlem et Amsterdam et à une époque où le paysage bordant la Schinkel était encore humide, ouvert et rural.
Une voie reliait déjà Haarlem à Amsterdam avant 1400. Il ne s’agissait pas d’une route droite, mais d’un chemin traversant des terres tourbeuses, avec des fossés, des embranchements, des fermes et de petites localités. À hauteur de la Schinkel, il fallait franchir l’eau. Une maison de passeur ou une auberge pouvait offrir aux voyageurs la traversée, de la nourriture, un abri et des indications pour poursuivre leur chemin.
Selon la tradition, un panneau portant les mots ‘te vraghe’ était accroché à la maison. Il indiquait que l’on pouvait y demander des renseignements. Le nom serait donc né d’une fonction très pratique. Les voyageurs pouvaient y demander leur chemin avant de continuer vers Amsterdam ou Haarlem. Le récit fut ensuite associé à Maximilien d’Autriche, qui aurait demandé ici la bonne direction lors d’un voyage en 1486. Aucun document ne prouve définitivement cet épisode, mais il devint une partie importante de la tradition attachée au nom.
De l’auberge à la maison de campagne
Vers 1618, un fabricant de drap amstellodamois fit construire à cet endroit une importante maison de campagne. Il l’appela ’t Huys te Vraag. L’ancien nom passa ainsi de l’auberge ou de la maison de passeur à une résidence de plaisance. La Schinkel était alors devenue une voie navigable très fréquentée. Quelques fermes, un moulin et un petit chantier naval apparurent autour de la demeure. Huis te Vraag devint un repère connu et son nom fut utilisé dans les actes de vente pour indiquer la situation des terrains et des bâtiments.
Les propriétaires étaient souvent liés au commerce du drap et à la teinture du coton. La demeure appartenait donc non seulement à un paysage de résidences rurales, mais aussi à un environnement où se rencontraient le transport, l’artisanat et le commerce. Des marchandises et des voyageurs circulaient le long de la Schinkel entre Amsterdam, la Nieuwe Meer et les campagnes environnantes.
Au XIXe siècle, ce monde perdit sa base économique. L’industrie textile se transforma et l’entretien de la maison de campagne devint trop coûteux. Son dernier propriétaire, monsieur Poort, fit démolir Huis te Vraag en 1890. Le bâtiment disparut, mais le nom resta associé à la parcelle.
Un cimetière au-dessus d’une maison disparue
Un an plus tard, Pieter Oosterhuis obtint de la commune de Sloten l’autorisation d’aménager sur le terrain un cimetière protestant privé. Il ne voulait pas d’un simple champ de tombes, mais d’un espace funéraire dessiné avec une chapelle, une salle d’accueil, un logement pour le gardien et une plantation réfléchie d’arbres et d’arbustes.
Le sol nécessitait d’importantes modifications. Une grande partie des terrains environnants était constituée de tourbe basse et ne convenait pas aux inhumations. La parcelle de Huis te Vraag était légèrement surélevée. Les gravats de la demeure démolie furent étalés sur le terrain pour former une première assise. Environ 50.000 mètres cubes de sable furent ensuite acheminés par bateau depuis Muiderberg. La maison disparue se retrouva ainsi littéralement sous le nouveau cimetière.
Le cimetière entra en fonction en 1891. Les inhumations se poursuivirent jusque bien avant dans le XXe siècle. La dernière eut lieu en 1962. Le terrain perdit ensuite sa fonction active. Les pierres tombales s’affaissèrent, la végétation se développa et le dessin d’origine devint de moins en moins net.
Un jardin qui s’est peu à peu ensauvagé
À partir de 1987, l’artiste et jardinier Leon van der Heijden entretint le terrain. Les chemins furent rendus praticables et les haies taillées sans que l’atmosphère sauvage soit entièrement supprimée. Le caractère actuel se forma ainsi : ni cimetière restauré avec rigueur, ni ruine totalement envahie. Les pierres tombales, les arbres, le lierre et les anciens bâtiments y coexistent.
Plusieurs mondes disparus se rencontrent sur le même sol. La maison du passeur et l’auberge ont disparu, tout comme la résidence de campagne, les activités voisines et une partie de l’ancien paysage bordant la Schinkel. Le cimetière fut conservé, mais fermé aux nouvelles inhumations. Il reste une enclave verte dans laquelle les transformations de la ville n’ont pas effacé toutes les traces.
Ce qui a subsisté ici
Le nom Huis te Vraag relie toutes ces périodes. Ce qui fut peut-être d’abord un endroit où les voyageurs demandaient leur chemin devint ensuite le nom d’une maison de campagne puis d’un cimetière. Derrière la grille de la Rijnsburgstraat, des pierres tombales et un jardin vivant reposent aujourd’hui au-dessus des vestiges d’une demeure disparue. Le lieu n’est donc pas un simple reste, mais une superposition d’ancienne route, de nom, de résidence, de gravats, de cimetière et de nature urbaine.