L’histoire de ce lieu
Une maison entre digue et canal de halage
À l’ouest de l’ancien village de Sloterdijk, le Spaarndammerdijk traversait depuis des siècles un paysage bas et humide. Des polders tourbeux s’étendaient au sud, tandis que les eaux ouvertes de l’IJ commençaient au nord. Après le creusement de la Haarlemmertrekvaart en 1631 et 1632, d’étroites parcelles restèrent entre le nouveau canal et la digue sinueuse. Une maison construite sur l’une de ces parcelles vers 1635 fut ensuite connue sous les noms de Huis te Britten ou Huis te Bretten.
Le nom faisait probablement référence à la Brittenburg près de Katwijk. Des vestiges attribués à cette fortification romaine apparaissaient parfois au large pendant les périodes de basse mer aux XVIe et XVIIe siècles. La ruine frappait les imaginations et fut associée aux Bataves ainsi qu’au passé romain de la Hollande. Le nom Huis te Britten devint peut-être Huis te Bretten après l’acquisition du domaine par un propriétaire nommé Van Bretten. L’évolution exacte du nom reste toutefois incertaine.
Le bâtiment est parfois décrit comme une maison de campagne ou un domaine, mais il ne s’agissait pas d’une grande résidence aristocratique. Sa situation détermina sa fonction principale. Des coches d’eau circulaient entre Amsterdam et Haarlem, tandis que voyageurs et marchandises empruntaient aussi la route et la digue. Huis te Bretten devint une auberge, un débit de boissons et un lieu de restauration où l’on pouvait se reposer, boire et manger.
Une auberge sur un axe fréquenté
Le lieu se trouvait hors de la ville dense, mais non à l’écart des déplacements. Des chevaux tiraient les bateaux le long du chemin de halage. Des voitures, des charrettes et des piétons empruntaient les voies terrestres. L’auberge occupait le point de rencontre de plusieurs lignes du paysage. Depuis la maison, on regardait le canal, les polders et la digue, tandis que le trafic entre Amsterdam, Sloterdijk, Halfweg et Haarlem passait devant elle.
Le domaine ne semble pas avoir été particulièrement rentable. Il changea régulièrement de propriétaire et subsista surtout grâce à sa fonction pratique le long de l’itinéraire. Huis te Bretten n’était pas une vaste résidence entourée d’un grand parc, mais une halte connue sur une étroite bande de terre entre le canal et la digue. Le petit polder qui porta ensuite le même nom n’existait pas encore. Il apparut seulement lorsque le terrain fut excavé pour la construction du chemin de fer.
Au début du XIXe siècle, les transports changèrent de nouveau. Le projet d’une voie ferrée entre Amsterdam et Haarlem se précisa. La nouvelle ligne suivait approximativement la même orientation est-ouest que la Haarlemmertrekvaart, car un corridor traversait déjà les terres basses. Le chemin de fer exigeait cependant des tracés rectilignes, de l’espace libre et de nouveaux terrassements.
Démolie pour la première voie ferrée
Huis te Bretten se trouvait sur le passage. La maison fut démolie et une partie du terrain fut excavée en 1837. Deux ans plus tard, en 1839, la ligne Amsterdam–Haarlem ouvrit. Le premier chemin de fer des Pays-Bas reprit la fonction de transport longtemps soutenue par le canal et l’auberge. Un endroit où les voyageurs accostaient ou s’arrêtaient pour manger et boire disparut au profit d’un moyen de transport qui le dépassait toujours plus rapidement.
La démolition et l’excavation créèrent un terrain bas de plus de trois hectares qui conserva sur les cartes le nom Huis te Britten. La maison avait disparu, mais le nouveau polder, ses fossés et le nom continuèrent pendant plus d’un siècle à marquer son emplacement. La voie ferrée longeait le terrain et les environs demeurèrent d’abord essentiellement agricoles.
Ce dessin disparut à son tour au XXe siècle. À partir des années 1960, de grandes parties des anciens polders furent recouvertes de sable pour aménager le port occidental d’Amsterdam. Les fermes furent démolies, les fossés comblés et plusieurs parties du Spaarndammerdijk médiéval furent excavées. Routes, voies ferrées, terrains de sport et infrastructures portuaires remplacèrent les prairies et les sols tourbeux.
Du polder à la Brettenzone
Tout ne fut pas construit. Une longue bande entre Sloterdijk et Halfweg resta largement ouverte. Des roselières, des friches, des arbustes et des bois spontanés se développèrent sur les terrains remaniés et surélevés. Cette zone devint la Brettenzone, puis les Lange Bretten. Le nom d’une seule maison disparue fut ainsi transmis à un espace naturel apparu longtemps après sa destruction.
Quelques éléments plus anciens du paysage furent également conservés ou rendus de nouveau visibles. Une portion de l’ancien Spaarndammerdijk subsiste près du complexe sportif de Spieringhorn. Plus à l’ouest, des cours d’eau et des fossés recréés évoquent les anciennes prairies tourbeuses. Ces traces n’appartenaient pas directement à la maison, mais montrent le paysage dans lequel se trouvait l’auberge.
En 2014, le lieu disparu reçut un nouveau repère. L’artiste Pieter Boekschooten créa Deur naar het verleden, une porte autonome en acier patinable. Une représentation de Huis te Bretten est découpée dans sa surface. La porte se trouve près de la Seineweg et de la Spaarnwouderweg, dans les environs de l’auberge disparue.
Ce que le nom De Bretten conserve
L’œuvre ne reconstruit pas le bâtiment et ne prétend pas que l’ancien paysage existe encore. Elle marque au contraire son absence. À travers l’ouverture, on ne voit ni pièce historique ni jardin, mais des terrains de sport, des infrastructures et de la végétation. La porte d’entrée subsiste sans maison derrière elle. Elle résume ainsi ce qui s’est produit : le bâtiment disparut, le polder créé plus tard fut effacé et seul le nom demeura.
Le lieu devient lisible lorsque ses différentes lignes de transport sont observées ensemble. L’ancienne digue rappelle les déplacements terrestres et la protection contre l’IJ. La Haarlemmertrekvaart évoque les coches d’eau et les chemins de halage. Le chemin de fer représente la technique pour laquelle Huis te Bretten fut démoli. Les routes et viaducs y ajoutent la circulation moderne.
Près de la porte d’acier, il ne faut donc pas seulement regarder l’image de la maison disparue. Il faut aussi se retourner et suivre les lignes du paysage actuel : la digue, la voie ferrée, le canal et les routes. Une auberge se trouvait autrefois entre ces voies, à un endroit où les voyageurs s’arrêtaient quelques instants. La maison a disparu, mais tout le secteur porte encore son nom.